Considérer le droit à la vie ou envisager l’IVG: une histoire de point de vue

La première et unique fois où j’ai envisagé de pratiquer une IVG fût lorsque j’ai appris ma première grossesse il y a un peu moins de quatre ans. Dans un souci d’honnêteté, je suis obligée de dire que ma phrase précédente est fausse: je suis une menteuse.

J’ai oralement envisagé cette possibilité envers mon compagnon et ma famille mais dans ma tête, je savais déjà qu’il était hors de question que je la pratique. Pourquoi ai-je menti ? Pour faire bonne figure ? Parce que je devais ou j’aurais dû l’envisager à ce moment de ma vie ? J’en parlais ici.

J’étais étudiante, pas de taf, pas de situation, pas de revenus, pas de logement qui pourrait accueillir un petit être; ce n’était pas grave, mon homme et moi étions jeunes et nous pourrions avoir plus tard des enfants mais uniquement quand nous l’aurions préalablement décidé. Voici les arguments que ma famille, mon frère et sa femme m’ont présenté. Ils y voyaient sans aucun doute une réédition de leur propre vécu: avoir un enfant à 15 et 17 ans respectivement. Sauf que moi, je ne suis pas eux. J’avais quelque chose qu’à leur époque il n’avait pas eu le loisir d’avoir: le temps de penser. A 23 ans, j’avais déjà considéré le potentiel bébé-accident que j’aurais pu avoir.

Pourquoi ai-je dit que je devais réfléchir, envisager de le garder ou non ? Je ne saurais réellement l’expliquer. Peut être est-ce parce que la situation me faisait totalement flipper. Je savais que j’aurais des enfants, un jour, mon homme aussi, mais la question était quand ? Après nos études respectives idéalement.

Sans que nous l’ayons prévu, un petit morceau de chacun de nous s’était combiné dans mon ventre. Lorsque j’ai présenté la situation au gynéco, je me suis d’ailleurs mal exprimée: quand il m’a demandé si la grossesse était désirée, j’ai répondu que non. Il a tiré une tronche jusqu’à par terre. Mais on veut le garder ! ai-je aussitôt ajouté. Son air a immédiatement changé. Ma grossesse était non-désirée, uniquement dans le sens de non-attendue.

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Lors d’un des nombreux moments repliés sur moi même que j’ai connu, où je réfléchissais à des choses de la vie, je m’étais un jour posé la question de l’avortement. Je devais être ado lorsque j’y ai réellement songé mais j’ai immédiatement su que jamais je n’y arriverais. Jamais je ne le pourrais. Jamais je ne m’en remettrais, ne le supporterais psychologiquement. J’espère sincèrement ne jamais à avoir à endurer cela et je compatis face à celles qui n’ont pas pu, pas eu d’autres choix.

Pourtant, je ne suis pas contre. Loin de là. Il y a des centaines de raisons qui peuvent pousser une femme à réaliser cet acte. J’estime que le choix la regarde. C’est elle qui devra vivre avec le reste de ses jours. Peut-être le regretter un jour, ou non; peut-être en avoir honte, sans doute. Pleurer, souffrir, et finir par se relever.

C’est assez difficile à concevoir ou à accepter pour certaines personnes mais en quoi le corps d’une femme ne lui appartiendrait-il plus dès le moment où une fécondation en elle aurait eu lieu ? De quel droit un autre humain quel qu’il soit pourrait – devrait être juge du choix d’autrui ? La liberté, ou le libre arbitre désignent le pouvoir de choisir de façon absolue c’est à dire d’être à l’origine de ses actes. L’argument « elle n’avait qu’à faire attention » n’est pas probant ici puisque chaque situation est différente.

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Et si je posais la question un peu différemment: à partir de quel moment devrions-nous envisager que le potentiel futur humain est un bébé – être – individu ? A une certaine époque, on aurait pu parler d’âme. Bref, qu’il a le droit à la vie ?

  • lorsque la fécondation a lieu ? certains dénomment ceci comme amas de cellules. Tout être vivant animal ou végétal en ce monde n’est qu’un amas de cellules en somme.
  • lorsque le cœur se met à battre ? 3 semaines après la fécondation. Ce que pensent certains corps de métier pour désigner si un être humain est vivant ou mort. Mais un battement de cœur fait-il à lui seul office de raison pour déterminer qu’un humain est vivant ? Un humain souffrant de mort cérébrale n’est plus viable pourtant.
  • lorsque le bébé naît ? Un bébé n’est pourtant pas un humain terminé. Ses circuits neuronaux par exemple mettront 2/3 ans à se mettre en place.
  • lorsque l’enfant est doté de rêves et de pensées lui permettant de se projeter dans l’avenir ? dixit Francesca Minerva: un nouveau-né n’a pas encore d’espoir, d’objectifs, de rêves, il n’est donc pas encore une personne et il n’a donc pas encore de droit moral de vie.

 

Mais où est le rapport entre les deux me direz-vous ? Il est simple: être pour ou contre l’avortement c’est la même chose qu’à partir de quand une personne estime qu’un amas de cellules devient pour elle un bébé.

Le corps médical ne s’entendra probablement jamais pour déterminer le moment où l’oeuf ou le fœtus a le droit à la vie. Actuellement, le délai légal est de 3 mois après la date de fécondation: uniquement dans les textes. Parce qu’à 3 mois – 1 jour ou 3mois + 1 jour, le fœtus sera le même.

Pour ou contre l’avortement, pour ou contre le droit à la vie, le droit de vivre. Vivre malheureux toute sa vie, est-ce réellement vivre ?

Je comprend qu’une femme puisse avoir recours à l’IVG, mais je suis certaine qu’en aucun cas elle ne l’a voulu. Sa vie passée, présente et future, la société dans laquelle elle évolue font qu’à ce moment précis dans sa vie elle doit y avoir recours.

Pas par choix, mais par résignation.

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8 comments

  1. baisse ta culotte a écrit:

    joli billet… et qui pousse à réfléchir. en ce moment sur la blogo il y a un espèce de débat malsain sur le pour ou contre l’IVG qui est très tranché et je n’aime pas ça
    toi tu as su en parler avec douceur et pour ça: BRAVO

  2. Catwoman a écrit:

    C’est un excellent article et la question est bien posée. Il faut malheureusement mettre une date limite, elle n’est pas simple à déterminer.

    Après, ta réaction est celle que j’aimerais voir plus répandue : qu’on laisse la femme décider, seule en sa conscience et suivant sa vie du moment.

  3. dexterina a écrit:

    La description de l avortement est immonde dans la vidéo o_o »
    Les terminaisons nerveuse étant en marche, cet être se voit peut être partir finalement x_x »
    ça me conforte dans MON choix… (Mon choix reste le mien! A chacun le sien hein!)

    Je rajoute ton article au mien 🙂

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