Tics et petites maniaqueries

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu des tics, même petite fille. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir pourquoi je faisais telle chose ou une autre, avant de faire des études de psycho. Aujourd’hui, je continue à en avoir et je crois que je continuerais ainsi jusqu’à la fin de ma vie. Je me suis réglée comme ça, je n’y peux rien.

Petite précision, j’ai dis que j’avais des tics et non pas des tocs, ce sont deux choses très distinctes. Les TOCS, sujet sur lequel des émissions de télévision se sont penchées depuis quelques années, ce sont des troubles psychiques appelés « Trouble Obsessionnel Compulsif ». On se sent obligé de réaliser certaines choses et on ne peut pas s’en empêcher.

Exemple: se laver les mains X fois par jour; tourner X fois sa clé dans la serrure avant d’être sûr qu’elle soit fermée.

Un tic, c’est plutôt un mouvement moteur, un geste, répétitif ou non, que l’on réalise sans forcément s’en rendre compte.

Exemple: faire tournoyer son stylo pendant les cours; cligner fortement des yeux.

Pour résumer, la différence entre TIC et TOC est qu’un TIC, tu ne peux pas t’empêcher car quand tu l’as, tu ne t’en rends généralement pas compte. Un TOC est beaucoup plus handicapant car il pousse à agir, et il a une grande influence sur le comportement.

Soit: les TOC ont des TIC mais avoir un TIC ne définit pas un TOC.

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Généralement, on se rend compte que l’on a un tic quand une personne de votre entourage vous le fait remarquer. Un jour, mon père m’a demandé, je devais avoir 6 ou 7 ans: mais pourquoi tu fais ça ? Je n’ai pas su quoi lui dire, je suis restée incrédule car je ne savais pas que je le faisais si souvent, j’avais envie de le faire c’est tout. Dès ce jour, j’ai effectivement commencer à réaliser que j’avais plein de petits tics, pleins de différents, mais jamais les mêmes et certains étaient présents en même temps que d’autres:

  •  Lorsque j’étais à table, j’écartelais mes doigts sur le bord, jusqu’à ce que je ne le puisse plus, puis je passais aux deux doigts suivants, souvent de la main qui ne tenait pas la fourchette, je pouvais faire les deux en même temps.
  •  Je repassais systématiquement à l’endroit où j’étais préalablement passée: à l’aller et au retour. Si je voulais aller dans le jardin et que j’étais sortie par la porte de devant (le jardin était derrière), je ne faisais pas le tour de la maison, je repassais par la porte et passait par la porte fenêtre du salon; à l’école si je passais entre deux poutres du préau, je devais repasser dans l’autre sens si je ressortais… bref j’avais un « fil imaginaire » dans mon dos et il ne fallait pas que je l’emmêle ! Je me souviens même d’une fois m’être posé la question « c’est bête ce que je fais, les copines passent dans mon fil, et ils devraient me l’emmêler logiquement; mais non, ça n’a pas suffit à m’arrêter.
  •  Vers la fin de mon « stade » fil imaginaire, je ressentais dans mes pieds une certaine « barre d’énergie ». Si j’éprouvais intérieurement qu’un pied possédais plus de « puissance » que l’autre, je marchais en appuyant davantage mon autre pied sur le sol pour le recharger et ainsi mettre mes pieds à égalité.

J’avais sûrement des tics supplémentaires mais je ne me rappelle que de ceux là, qui ont duré longtemps et qui m’ont marqués.

Un peu plus grande j’ai eu d’autres phases: lorsque je portais des sandales, je faisais claquer la chaussure sur mon talon en remuant très vite la jambe: j’ai ainsi hérité du surnom de canard auprès de mes copines d’école. Le pire est que cela les faisait rire, je continuais donc, puisqu’au lieu de les gêner elle riait et moi ça me « faisait du bien » de le faire.

A l’adolescence, je ne me suis pas arrêter, loin de là, mais j’ai trouvé (inconsciemment hein, car je ne me rendais compte du tic qu’une fois qu’il était là) des tics moins voyants, moins bizarres comme:

  •  Faire craquer les doigts des mains! Oui pas bien, je sais. Je me souviens comme si c’était hier des premières fois, j’avais mal aux mains mais j’aimais la sensation (ptèt un peu maso non ?). Quand je réussissais à les faire craquer, j’étais contente car c’était à la fois discret mais aussi bruyant en classe (tout le monde pouvait l’entendre) et j’aimais cette idée. En y repensant aujourd’hui, je me rends bien compte que c’est « bête » mais je ne saurais expliquer pourquoi j’aimais. Et je les craque encore aujourd’hui mais pas de la même manière…
  •  Beaucoup moins glamour, voir carrément moche, je me grattais le dessus de l’intérieur de la lèvre supérieure avec les dents du haut en écartelant les narines (je viens d’essayer de le faire, j’y arrive plus, je devais maitriser à l’époque!)
  •  Je me tordais le poignet jusqu’à le tendre au maximum, souvent cela le faisait craquer (décidément j’aime quand ça craque faut croire), dans un sens puis dans l’autre.
  •  A table, à la maison, lorsque je buvais dans un verre, je devais le porter à hauteur de mes yeux, la ligne de l’eau pile poil en face pour regarder « combien il me restait d’eau à boire ». Je pouvais le faire plusieurs fois de suite jusqu’à ce que dans ma tête, je sache combien d’eau il restait. Je me suis faite engueuler plusieurs fois, car j’avais l’air zarbi d’après mon père. Ce qu’il ne savait pas c’est que ça me frustrait énormément de devoir me contrôler à ne pas le faire même si j’y parvenais sans souci. J’en ai même pleuré une fois, qu’il me le reproche sans cesse, je ne le faisais pas exprès pour l’embêter !
  •  Je tripotais sans cesse mes fermoirs de boucle d’oreilles à les ouvrir/fermer. Les boucles d’oreille type puce en devenaient lisses, et le fermoir ne tenait plus. J’en ai usé des tas !
  •  Au lycée, je me suis mise à renifler même lorsque je n’étais pas malade et à me racler la gorge sans cesse (jusqu’à me l’irriter parfois). On appelle ça un tic vocal.

 

Ce tic là, renifler, je l’ai encore un tout petit peu aujourd’hui mais uniquement lorsque je suis chez mon frère. Il me l’a vraiment beaucoup énormément reproché et j’en ai extrêmement souffert: « t’en a pas marre de renifler ? », un reniflement exagéré de sa part me signalant « tu me gonfles » ou simplement un pffff. Cela pendant toute ma période lycée/fac -quand j’habitais encore chez lui en somme- ce qui ne faisait qu’aggraver mes « crises » de reniflement. Je n’y pouvais rien, je n’y peux toujours rien. Je vois toujours son regard si j’ai le malheur de renifler quand on lui rend visite, son air me disant « ah bah tu vas pas recommencer hein ? » J’étais extrêmement soulagé lorsque j’avais réellement le nez qui coule, justifiant ainsi mon reniflement, puisque cela me donnait un peu de répit dans les remarques incessantes.

Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’à force de me le reprocher, même si je comprend parfaitement L’AGACEMENT engendré à la longue, il n’a fait qu’empirer mon tic. Je me le suis ainsi trimballé pendant des années, et j’en ai des résurgences aujourd’hui.

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A ce jour, j’en ai encore, mais extrêmement moins, sans doute car je suis moins « stressée ».  Je continue de me craquer les doigts plusieurs fois par jour. Beaucoup ont cette manie ^^ Mais si je suis assise, j’ai remarqué que j’ai un petit rituel: d’abord mes doigts, puis le cou droite-gauche, je tend le dos bien droit, puis je tourne droite-gauche et je le fais craquer; ensuite je met mes pieds sur la pointe et parfois mes chevilles craquent.

Je viens de me relire, ça a l’air vraiment flippant comme truc ^^ Mais tout cela se passe en moins de 30 secondes, c’est une habitude, un rituel. Je n’y peux rien.

Bref, depuis que mon père me l’a fait remarquer enfant, je fais attention à mes tics, à mes manies et j’essaye de les gérer au mieux. Pourtant je continue à faire certaines choses sans m’en rendre véritablement compte:

  • Lorsque je met des chemises sur cintre, je fais attention à ce que tous les cintres soient dans le même sens. Indifféremment vers la droite ou la gauche, si la première je l’ai mise dans un sens, je dispose les autres pareil.
  •  Quand j’étends le linge, les épingles pour un habit doivent être de la même couleur.

etc… de petites choses qui au quotidien ne gênent personne et qui me soulage.

***

J’ai énuméré tout ça, mais je n’ai rien expliqué. Après avoir réfléchi au pourquoi, m’être documentée etc, j’en ai conclu que mes tics étaient dû au stress: mes tics me permettent de gérer mon stress.

Mais quel stress ? Je n’en ai aucune idée. En quoi ça peut être stressé une petite fille, ou une ado qui n’a pas de problèmes majeurs dans sa vie ? Pourquoi ?

Tout ce que je sais, c’est que chaque personne est singulière, chacun peu réagir différemment à un évènement avec plus ou moins de stress. C’est un peu comme l’émotivité, face à une situation l’un pleurera à chaudes larmes, l’autre restera stoïque.

***

J’ai bel et bien parlé de tic, même si certains ressemblent fortement à des tocs. Ce sont des tics parce qu’à la différence des toc où on ne peut pas s’empêcher de les faire, lorsqu’on me disait d’arrêter, j’arrêtais immédiatement. Je pouvais me « contrôler ». Je recommençais, mais à chaque fois sans m’en rendre compte, sans l’avoir décidé. C’était non volontaire.

Dit de cette manière, je peux donner l’impression d’avoir une vie infernale, mais ce n’est absolument pas le cas. Je n’ai fait qu’une énumération de ce que je pouvais posséder comme tic. Généralement personne ne remarque/remarquait que je les ai/avais. Sauf lorsque cela était très répétitif comme mon reniflement.

En y repensant, je me demande: mon frère croyait-il que je faisais ça exprès, exprès pour l’enquiquiner ? pourquoi n’a-t-il pas compris que je ne pouvais pas m’en empêcher ? pourquoi n’a-t-il pas remarqué que ses remontrances ne faisaient qu’aggraver mon symptôme ? Quand je savais que je le reverrais bientôt, mes reniflements étaient plus fréquents du fait de mon appréhension. Je lui ai dit un jour, chose rare puisque j’ai toujours évité le conflit ou de le contredire, que « me le répéter sans cesse ne m’aidait pas, bien au contraire ». Ce à quoi il a répondu « eh bien arrête alors ». Super …

Le stress me donnait des tics, ses remarques me stressaient. Mes tics empiraient, logique, mais je pense que même encore aujourd’hui, il ne l’a pas compris.

Mais le stress de quoi, là est toute la question. Je n’en connais pas l’origine, je ne sais pas pourquoi je suis ainsi. Mais j’ai appris à vivre avec. Les seuls instants où ils ne se manifestent pas sont quand je suis concentrée sur ce que je fais. Si j’ai un moment de répit, je le comble en me craquant les doigts…

Pour aller plus loin: ici

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