Une naissance pas si banale

Dimanche 9 février 2014

9h00

Je peux me permettre de trainer un peu au lit, je suis chez mes beaux parents ce week-end. Soudain, une sensation étrange.. j’ai le bidon tout dur. Une contraction? Mais non, je psychote, je commence à trop me languir de son arrivée.

grasse mat chat*

Je me lève et me dirige aux toilettes. Mais c’est quoi ça? Le fameux bouchon pas ragoutant. Un signe? Non toujours pas, ça ne veut rien dire, il peut se reformer très vite. Cela est sûrement une simple conséquence à la séance d’ostéopathie de la veille. Elle m’a machiné le bassin d’une force et d’une amplitude telles qu’il est tout à fait logique que mon corps réagisse ainsi.

Ah tiens, encore une sensation bizarre.. une contraction? Bon peut être bien… Mais aucune douleur, et elle ne dure pas. Sans doute une réaction aux longs mouvements insistés de la veille.

12h30

Lors du repas de famille on ouvre les paris sur la date et l’heure de naissance. Des contractions toutes les 15 à 18 minutes, sans douleur, sans amplitude mais qui peuvent durer 1 minute.

La journée se passe dans la bonne humeur.

Mon homme m’a demandé une trentaine de fois si je voulais me rendre à la maternité, je refuse. Pour quoi faire? « Je ne suis pas en travail, alors poireauter ici en famille tranquillou ou à la maternité, mon choix est vite fait. Pas de panique! » lui répondais-je à chaque fois. Nous décidons de laisser nos deux enfants à ma belle-mère, de passer à la maternité sur le chemin du retour pour une auscultation et d’aviser en fonction de cela. Le grand ratera l’école, mais il est malade. On peut dire que ça « tombe bien » il n’y serait pas allé de toute manière.

***

19h30

Nous arrivons à la maternité. J’explique que j’ai eu des contractions absolument toute la journée depuis ce matin 9h toutes les 15 minutes quasi précises. Mais je suis à 2.

On me met sous monito pendant 1h pour voir l’évolution: 3 contractions pendant ce temps. A la fin, je suis toujours à 2.

La sage-femme me propose de rentrer chez moi me reposer, car c’est un faux travail, ou de rester la nuit si cela me rassure davantage. Je décide de rentrer, et de dormir. Pas envie de partir avec une nuit dans le vent avant la naissance, trop difficile de s’en remettre.

La sage-femme m’a prévenu que les vibrations de la voiture pourraient empirer les choses, elle ne s’est pas trompée. Les contractions sont de plus en plus intenses… mais 30 minutes plus tard nous arrivons à la maison.

23h30

Je décide de prendre un bain pour me soulager… sans succès. Je me plie de douleurs toutes les 5 minutes et suis très mal à l’aise. Je décide de me mettre en pyjama et de m’allonger dans mon lit. Je me tords alors dans tous les sens toutes les 2/3 minutes. A ce moment là, je crois encore (lol) que le tout peut encore se calmer! que c’est juste la voiture la cause de tout ça et que ça va bien finir par s’arrêter….

Mon homme arrive dans la chambre après sa douche, en pyjama, pensant naïvement se coucher pour dormir (re-lol). Je le supplie de se rhabiller, je veux repartir!

***

Lundi 10 février 2014

0h10

On démarre.

J’ai allongé totalement le siège passager pour avoir le plus de place possible histoire de pouvoir me mouvoir à ma guise. Les contractions sont très douloureuses, je commence à gémir. J’ai 30 minutes à tenir avant d’arriver à la maternité, je peux le faire.

J’attrape la poignée de maintien au dessus de la portière et je tapote des pieds à chaque contraction, j’ai remarqué que cela me soulageait un peu. Je me tourne dans tous les sens, et j’inspire/expire à fond en me concentrant là dessus, tentant d’oublier la douleur.

0h25

On sort du village qui se trouve à 15 minutes de la maternité. Besoin de me repérer et de calculer combien de temps j’ai encore à souffrir.. bien que je sache qu’arriver à la maternité ne sera absolument pas un soulagement puisque il faut un temps de prise en charge!

Je commence à songer à la péridurale, celle-là même que je n’envisageais même pas dans mon projet de naissance. En fait, j’ai peur. Peur que la douleur continue à s’intensifier. Comme cela pourrait-il être pire qu’une contraction toutes les minutes? Je veux que ça s’arrête!

Je me plains presque à chaque contraction, j’extériorise comme je le peux. Mon homme ne dit rien, mais il sait que je n’attends pas de réponse. Il est concentré sur la route. On dépasse un peu la limitation de vitesse, il n’y a personne, la nuit est claire.

0h37

Nous sommes sur la voie rapide. Plus que deux ronds points et on sera arrivé!

Rien à faire, je n’en peux plus, je défais ma ceinture. Je sais ce n’est pas bien mais je veux changer de position, je dois changer de position. Je tourne et me retourne sur mon siège comme un chien qui joue avec sa queue…

Je cale mon front sur le cale-tête, et serre de mes mains ses côtés tout en gémissant. Je suis accroupie sur le siège, fesses vers le pare-brise, les genoux au centre du dit-siège.

Je respire, fort… mon ventre se contracte tout seul pendant le premier rond point.

geyser

Non je n’ai pas la sensation d’exagérer avec cette image ^^

*

J’ai perdu les eaux. Que dis-je, j’ai littéralement expulsé les eaux! Sans mon pantalon, j’aurais arrosé le pare-brise avec une pression pareille. Le bruit était fort, mon homme l’a parfaitement entendu, mais je précise tout de même à voix haute:

« Je savais qu’on aurait du mettre le sac poubelle et les serviettes… j’ai pourri le siège! »

*

0h40

Le deuxième rond-point, on est devant la maternité. Enfin!

Comme je le prévoyais de peur qu’il ne se trompe, je lui précise qu’il faut entrer aux urgences, pas sur le parking des visites. Bien, il ne se trompe pas… mais dois faire tout de même une manœuvre de recul car il s’est gouré d’embranchement. Mal foutue l’arrivée des urgences? Oui et pas qu’un peu.

Mon ventre se contracte encore tout seul, impossible de le faire arrêter il ne m’obéit plus! J’ai envie de pousser… non je ne dois pas pousser mais je ne peux pas m’en empêcher!

J’essaye de me retenir mais je pousse une fois…

Oh bordel je sens le bébé…

Il ne s’arrête pas, il passe…

« Il est sorti il est sorti!! Namour arrête toi il est sortiiiiiiiiii! »

*

0h42

… et il tombe sur le siège.

Je n’ai pas le temps de réaliser.

Mon bébé est sorti de mon ventre, déjà.

Trop vite.

Je n’arrive pas à réaliser que je suis à nouveau maman.

Dans le noir, je me penche mais n’ose pas bouger les jambes pour ne pas lui faire mal. Je portais un sarouel;  avec la perte des eaux juste avant et son poids, mon petit bébé a littéralement glissé: comme si je n’avais pas eu de culotte.

Je ne l’entends pas, j’ai un peu peur. Il a du liquide dans la gorge? Respire-t-il?

Oh il bouge! Je ne sais pas comment le prendre.

Ah, mon homme a fait le tour de la voiture et ouvre la portière. Dans la faible lueur, il ne sait pas comment le prendre lui non plus. Eh oui, il est encore dans mon pantalon pour le coup, pas simple tout ça.

« Elle est où la têtête? Il est ou le cucul? »
pense-t-il alors.

Finalement, on réussi à le redresser et je le colle contre moi avec une couverture polaire.

Qu’il est beau… il est tout calme et je profite de quelques secondes de répit pendant que mon homme court jusqu’à l’entrée des urgences située à … 20 mètres de là.

« Euh… ma femme a accouché dans la voiture! »

dit-il… tellement ému de cette naissance si soudaine qu’il ne trouvait plus ses mots.

***

La cavalerie arrive, pas moins de 6 ou 7 personnes. Une femme se penche vers moi et regarde le bébé:

– Ça va? Donnez le moi.
– Non.
– Ok tenez le bien.
– Oui oui…
– On va couper le cordon.
– NON… il va bien, je peux marcher jusqu’au brancard.
– Ok venez.

*

La nana n’insiste même pas (je suis à la fois fière et hallucinée qu’on me laisse faire comme moi j’ai envie, je tiens à laisser le cordon tant qu’il bat) et m’aide à retirer le pantalon encore à mes chevilles; me soutient pendant les 3 mètres à faire comme si je ne savais plus marcher.

C’est une sensation étrange d’avoir un cordon qui dépasse de sa culotte, de marcher avec… je n’ai même pas froid alors que c’est une belle nuit d’hiver. Aucune sensation. Vraiment bizarre.

Mais je me sens tellement bien: je plane. Les hormones du bonheur sans doute.

On nous conduit jusqu’à une salle de naissance pour le suivi post-accouchement. Je suis une véritable attraction, pas moins d’une trentaine de personnes sur notre passage dans les couloirs.

Ce n’est qu’après une rapide auscultation s’assurant que nous allions bien tous les deux, la coupure du cordon et tout le tralala qu’on nous laisse enfin tous les trois seuls.

L’euphorie terminé, voici enfin le calme: Maman, Papa et Bébé. Heureux ♥

Chatounetbannière tritri

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9 comments

  1. Valérie T a écrit:

    Oh là, oh là, oh là !!! Quel accouchement !

    Je me dit que j’aurais flipper, mais en même temps tout ça est naturel. Heureusement que tu avais un sarouel !

    BRAVO, et magnifique 🙂

  2. Celine M a écrit:

    Je suis émue de lire ton récit oO oh punaise quel accouchement ! bravo pour ce beau bébé et pour ce beau récit que tu pourras lui raconter quand il sera grand

  3. Anlor a écrit:

    Alala que de superbes souvenirs à raconter, j’adore. J’admire votre sang froid à toi et à ton chéri!
    Notre deuxième bébé est né à la maison, c’était pas choisi, il a juste décidé que c’était là et maintenant! Mais étant seule au début, j’ai vraiment eu très peur et mal au point de croire que j’allais mourir…. Les secours sont arrivés quelques secondes après la naissance. 🙂

    j’ai bien ri quand tu as décris ta perte des eaux 😀

    Bises

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