Harcèlement à l’école et bouc émissaire

Il ne faut surtout pas le dire Maman!
Et puis si tu le dis à la maitresse, je dirais que c’est pas vrai… que c’est pas vrai qu’on m’a tapé!

***

Ces mots m’ont déchiré le cœur. Prononcés par mon fils de 5 ans, j’ai eu du mal à contenir les sentiments contradictoires que cela éveillait en moi: tristesse, colère, surprise…

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Depuis quelques semaines a été mis en place l’atelier lecture: deux groupes de quatre enfants se font conter des histoires par une personne âgée volontaire après l’école de 16h30 à 17h10 une fois par semaine.

Un soir, il me dit que M. l’a tapé, me montre le geste et précise qu’il l’a fait fort et qu’il a eu mal. Ses yeux étaient emplis d’incompréhension et de douleur. Mon tout petit, je l’ai serré fort dans mes bras, lui ai dit qu’il était en sécurité à la maison et que rien ne pouvait lui arriver.

Nous sommes restés ainsi quelques minutes, je voulais qu’il se sente rassuré pour se confier à moi.

Je l’ai regardé dans les yeux et lui ai posé des questions, sans paraitre agressive pour ne pas qu’il se braque. J’ai ainsi appris que M. et M. foutaient le bordel à chaque atelier lecture, et que la personne a du mal à les gérer. Mon fils adore qu’on lui conte les histoires mais ces deux là empêchent le bon déroulement de la séance.

M. a profité de la minute pendant laquelle la volontaire s’est retournée pour prendre son manteau pour taper mon fils.

Comme ça, sans raison. Pour emmerder le mien. Parce qu’il est trop « sage » trop « j’écoute et j’aime être là », trop « gentil ». Bref, pour le faire réagir. Enfin j’imagine.

Apparemment, ce n’était pas la première fois qu’il l’enquiquinait: le pousser un petit coup, le taquiner, lui tirer ses fringues, faire des guillis, lui souffler dessus… rien de méchant, on dira.

Sauf que mis bout à bout, c’est du harcèlement à l’école. N’importe qui en aurait eu marre au bout d’un moment.

A ceux qui me disent qu’il y a plus grave, qu’il y a pire, que je ne devrais pas me plaindre, qu’il n’y a rien de grave qui s’est produit… je répondrais pas encore!

Oui il y a des situations bien pires, mais elles ont toutes un point commun: elles ont commencé un jour!

Je pense que ce n’est que le début, mais je ne resterais pas sans agir, en attendant de voir si ça va passer.

*

J’ai eu un rendez vous avec la maitresse quelques jours plus tard pour parler des évaluations de janvier. J’en ai profité pour lui parler de tout ceci… et elle n’était absolument pas surprise. Elle connait l’énergumène en quelques sortes.

Il faut savoir le cadrer, car il n’est pas méchant au fond mais qu’il suffit d’une simple étincelle pour qu’il parte en vrille.

Bien sur, mon fils est un gentil garçon, réservé, timide: la proie facile par excellence. Il est hors de question qu’il devienne un bouc émissaire.

Depuis peu, lorsqu’il me raconte ses journées j’ai remarqué un fait très étonnant: il n’y a que des noms de filles dans ses récits. Je ne doute pas du fait que mon fils soit un véritable tombeur mais après discussion il s’avère que les filles jouent « normalement » alors que les garçons sont brusques ou énervés. Il se retrouvait toujours bousculé, et il a fini par en avoir marre… donc désormais ils jouent avec les filles!

***

Ce soir, il y a l’atelier lecture et j’attends son verdict. J’envisage de demander à changer mon fils du groupe ou à séparer les deux terreurs.

Je n’ai pas envie qu’il n’y aille plus, il adore tellement ça…

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Cet article a été posté dans Tidoux.

4 comments

  1. lilyla a écrit:

    Comme ce récit est doux malgré tout … j’espère que vous trouverez en accord avec les personnes qui gèrent une solution tant pour votre fils que pour ses enfants car la violence ne sort pas de nulle part :/ Bon conte à lui en tout cas et que ça continue !

    • Maman Chat a écrit:

      Doux… oui car j’ai mis du temps à l’écrire. Le premier jet contenait pleins de gros mots, après relecture il s’avère que c’était vraiment écrit à chaud.
      J’ai essayé de reprendre, raconter, simplement, avec le recul nécessaire.
      Pas facile car en y repensant, on enrage à nouveau assez vite.

      Ce soir ça s’est très bien passé, ils ne l’ont pas touché. Voyons avec le temps… 😉

  2. Berzingh a écrit:

    Bonjour,

    Votre article n’est pas tout récent, mais au cas où ça concerne encore votre fils (j’espère que non !), je vous mets en lien une vidéo d’une intervention d’Emmanuelle Piquet, qui a fondé avec d’autres un centre spécialisé dans le harcèlement (elle a publié récemment un livre, aussi, mais ne l’ayant pas lu, je ne sais pas ce qu’il vaut).
    https://www.youtube.com/watch?v=iMGLy-juSxw

    Mon fils a eu des problèmes d’harcèlement en petite section (ça nous a pris par surprise, nous ne pensions pas que ça pouvait commencer si tôt). Nous avons mis du temps à nous en rendre compte et aussi longtemps à trouver une solution efficace (nous avons naïvement commencé par en parler au personnel encadrant, avec pour résultat que ça se passait dès que les adultes avaient le dos tourné). Et au final, c’est bien une « flèche », comme les appelle Emmanuelle Piquet, qui a stoppé cette situation (ce n’est malheureusement pas toujours aussi simple). Et vu l’âge des concernés, ça a été une flèche toute simple mais diablement efficace, parce qu’elle inversait le problème. Plutôt que de demander à l’autre d’arrêter de l’embêter, mon fils s’est campé devant son petit tortionnaire et lui a balancé d’un ton très décidé « T’es plus mon copain, je veux plus jouer avec toi ». Et ça a marché.

    Parallèlement, nous en avons quand même parlé à la directrice qui est passé dans *toutes* les classes (parce que c’est essentiel de ne pas pointer spécifiquement l’enfant harceleur) faire de la sensibilisation sur le sujet.

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